Par Yves Rosset

Enfin! Trois ans après le succès mondial de Musique Automatique, le duo berlinois Stereo Total nous offre avec Do the Bambi un nouvel aperçu de ses états d’âmes musicaux: furieux dans Ne m’appelle pas ta biche ou Cannibale, sublimement discos dans Babystrich, électro-sidéraux le temps d’un Mars Rendezvous avec Jacno, hallucinés par des Partymädchen, gefoltert, naturistes prônant Ich bin nackt, terriblement lucides à chanter La douce humanité, éperdument amoureux dans Das erste Mal ou Hunger, et cinéphiles dans Cinémania ou Vive le week-end, un des quatre titres composés à l’origine pour accompagner en live à Berlin et Toulouse Weekend, le film de Jean-Luc Godard.

En tout, 19 morceaux en 55 minutes haletantes, fidèles dans leur essence à l’éclectisme caractéristique de la magie du groupe. Drôle, non sentimental, ludique, jamais dupe de son attitude et de sa dette payée mille fois en retour à coup d’hommages à l’histoire de nos décennies musicales adorées, Stereo Total ne proclame qu’une chose: «Musik ist unsere Freundin», comme le chante Françoise Cactus, reine incontestée des partys anticonformistes d’ici et d’ailleurs,

dans Troglodyten, pénultième morceau du nouvel album, où il est question d’aller sous terre écouter de la musique et danser sur le beat tout en ignorant la loi du silence. Underground, quand tu nous tiens… (D’ailleurs, à quoi bon devenir Britney Spears si c’est pour appeler à voter G.W. Bush.)

Pour rappel, citons quelques brefs extraits du lexique des genres et autres constructions sémantiques suscitées par les cinq albums précédents depuis la fondation de Stereo Total, qui, avec Do the Bambi, s’offre un joli cadeau pour ses dix ans d’existence: «40% Chanson, 20% R’n'R, 10% Punkrock, 3% DAF-Sequencer, 4% Jacques Dutronc-Rhythmique, 7% Brigitte Bardot and Serge Gainsbourg, 1,5% Cosmonaute, 10% really old synthesizers, 10% 8-bit Amiga-sampling, 10% transistor amplifier, 1% really expensive and advanced instruments» … «Yéyétronic, electropunky, kitsch & speed, sissilistening, bricolopop, Berliner juke-box» … «a minimalistic production (in a positive sense), meaning a home- made- trash- garage- sound crossed with underground, authentic as well as amateurish, ironic as well as effective, pop as well as … political.»

Et en plus, les enfants (et les punks, et les midinettes, et les rêveuses et rêveurs de tout genre et de tous pays) adorent. Mais attention, le Bambi du titre ne doit pas prêter à confusion. Les play- guitar- &- synthesizer- for- the- children- mélodies de Brezel Göring sont trop speed et fêlées, le frêle poupéen de la voix de Françoise Cactus trop volontiers au service d’un tempo impétueux et noisy pour servir un abêtissement Arlequin ou Bibliothèque Rose bien emballée et tout juste bons à faire fondre la jeunesse rebelle Japonaise ou faire sourire aux Etats-Unis ou en Allemagne à cause de la french touch. Rock’n'roll will never die!! Et écoutons les paroles, la tristesse y est … saganienne, la colère, en l’occurrence, godardienne, et le chagrin de l’amour flirte toujours avec son bonheur.

La chose est certaine : Do the Bambi ne manquera pas de gagner le coeur de nouveaux fans et ravira ceux qui se réjouiront d’apprendre que Stereo Total se mettra en route pour trois mois de tournée quand tous les signes du monde se tourneront vers le Printemps.